JE SUIS INFIRMIERE A DOMICILE MAIS PAS QUE …

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Je suis infirmière à domicile mais pas que …

Il y a 6 ans, alors que ma fille était en grande section de maternelle, j’ai participé à un projet pédagogique avec son institutrice sur la découverte de l’Afrique…

Ni moi ni l’instit n’aurions pensé que nous deviendrions amies et que ce projet nous mènerait à la découverte du « Pays des Hommes Intègres », le Burkina Faso.

Depuis ce jour, nous sommes devenues inséparables et nous partageons cette même passion pour l’Afrique.
C’est ainsi qu’en Novembre 2008 nous nous sommes envolés pour la première fois dans cette contrée si pauvre économiquement et si riche humainement.

J’ai alors découvert que nous avions réellement de la chance de vivre dans un pays comme la France et je ne parlerai ici que de la santé (même si les manques sont aussi énormes en matière d’accès à l’éducation, à la nourriture…)

J’ai passé 15 jours entre rires et larmes, une charge émotionnelle énorme.

Je n’ai fait que découvrir comment des soignants essayaient de faire du mieux qu’ils pouvaient avec du matériel d’un autre âge, voir pas de matériel du tout.
Comment on pouvait mourir dans le hall d’un hôpital parce que l’on n’avait pas les moyens financiers  de se soigner…
Comment on pouvait hélas mourir en accouchant parce qu’on avait marché pendant des heures pour arriver au dispensaire.

Je sais que d’autres sont bien plus courageux que moi et s ‘engagent dans des missions sanitaires (je n’aime pas le mot humanitaire) dans les pays en guerre.

Je suis repartie de là bas transformée, en ayant reçu plus que je n’avais donné et avec une certitude celle que j’y retournerai.
Depuis j’y vais tous les ans avec les membres de l’association dont je suis la responsable santé.
Je n’y reste jamais assez longtemps à mon gout mais je le sentiment d’y être un tout petit peu utile. J’ai l’espoir de pouvoir y rester un jour pour de longs mois.

Nous avons réalisés de belles choses avec nos petits moyens, que je ne raconterai pas ici puisque je les ai déjà raconté sur le site de l’association et que je vous invite à aller les découvrir ici : www.actionsdavenir.org

Depuis j’ai là bas une famille de cœur, et nous y avons partagé d ‘intenses moments de joie aussi, comme le mariage D’Edouard et Larissa que je vous invite à découvrir en image ici : http://bit.ly/Tb6w0O

Mr et Mme Adorable 185 ans à eux deux et 66 ans de mariage !!!

Elderly cartoon couple on bench.

Quel bonheur d’aller chaque jour chez Mr et Mme Adorable, oui il ne sont pas malades, si j’y vais c’est la faute aux Médicaments génériques
Mr Adorable a 95 ans, il n’y a pas si longtemps il faisait encore du vélo et bêchait son jardin.
Mme Adorable a 90 ans et continue chaque jour de préparer la « popotte » pour Mr comme elle se plait à le dire.
C’est un vieux couple, des comme on n’en connaitra plus dans quelques années.
Tous les jours, deux fois par jour, j’y vais donc préparer et donner les médicaments de Mr parce que depuis qu’il y a les médicaments génériques ben il n’y comprend plus rien.
Il dit : « Avant je prenais un petit rose, un petit blanc et un gros blanc mais maintenant ils changent toujours de forme et de couleur ».

Mais si je n’y allais que pour ça, ça ne serait pas drôle…

Chaque jour, Mr ou Mme Adorable ont un truc à me demander
Ainsi je peux aussi bien régler la télévision, changer l’heure parce que sinon Mr monte sur l’escabeau pour décrocher la pendule. Aller chercher le courrier, rentrer les poubelles, aller chercher le pain …
L’hiver quand il neige, il faut rentrer le charbon aussi, stocké dans la remise au fond du jardin parce que la dernière fois Mr il est tombé dans le Jardin et y est resté jusqu’à ce que je passe parce que Mme appelle pas les pompiers sinon ils vont l’emmener à l’hôpital.
Quand je m’inquiète pour Mr qui est un peu insuffisant cardiaque quand même, Mme me dit « mais ne vous inquiétez pas pour lui, il est en pleine forme, il mange, il boit, de toute façon il nous enterrera tous ».

Et puis des fois Mme elle en a marre aussi, parce que quand même, il ne fait plus grand chose Mr, en plus les vilaines infirmières elles lui donnent des médicaments qui lui font faire beaucoup pipi et parfois dans son pantalon aussi …
Alors une fois elle me demande, c’est quoi le médicament qui lui fait faire pipi ?
Moi naïve je lui réponds ben c’est celui là en lui montrant le petit comprimé blanc dans la coupelle. Et 2 jours plus tard, Mr Z est moins bien, il a les jambes qui gonflent … Bizarre autant qu’étrange… et là Je comprends que Me Z en fait elle les enlève les comprimés blancs qui font faire pipi …
Je lui explique qu’il ne faut absolument pas faire ça, parce que sinon, l’eau va monter dans ses poumons et là elle me répond « et bien au moins tant qu’elle est dans ses poumons elle est pas dans son pantalon. »

Mais le principal c’est qu’ils s’aiment Mr et Me Adorable, et j’espère qu’ils pourront s’aimer encore très longtemps.

Se Souvenir

Pour ce premier billet, J’ai choisi de vous raconter une prise en charge, celle de Mr M
Lorsque Mr M m’appelle pour la première fois un jour de Novembre 2008, il a besoin de soins, il vient de bénéficier d’une ponction de kyste cérébral, il a un pansement sur la tête…
J’arrive donc ce matin là, et Mr M m’explique que ce kyste au cerveau a été découvert alors qu’il venait de faire une crise d’épilepsie sur la voie publique.
Quelques jours de soins, tout va bien il attend les résultats des biopsies.
Quelques semaines passent, Mr M me rappelle, il sort de Neurochirurgie, on lui a enlevé son kyste au cerveau. Je le retrouve le crane rasé, une hémiparésie, des difficultés à la marche, ce n’est déjà plus le même homme.
Il me donne ses papiers pour les soins et son compte rendu d’hospitalisation. On vient en fait de lui enlever une métastase cérébrale consécutive à un cancer du poumon. Il l’a lu, mais continue à me parler de son kyste au cerveau.
Alors se pose la question que sait-il, que lui a t’on expliqué à l’hôpital, à aucun moment il ne me parle de cancer.
Il commence la rééducation à domicile, puis il se déplace en voiture chez le Kiné, il va mieux.
Vient alors la première complication, une phlébite bilatérale étendue, des injections tous les jours pendant des mois, lui qui a horreur des piqures, il me le répètera tous les jours.
Les mois passent, vient le temps de la radiothérapie, puis des chimiothérapies et de leur cortèges d’effets indésirables, il commence à perdre du poids, il perd l’appétit, il est déprimé mais dit toujours « ça ira mieux demain ».
Une nuit il appelle, il a mal dans la poitrine, dans le bras… Appel du 15 il fait un infarctus, il fait un arret « récupéré », la vie a décidé de lui laisser un peu de sursis.
Au fil du temps la relation avec Mr M change, il demande de nous tutoyer, puis demande qu’à notre tour on le tutoie, il nous appelle par nos prénoms et nous accueille d’un « bonjour tiote » toujours le sourire aux lèvres.
Devant la perte de poids importante, il devient urgent de trouver une solution pour le réalimenter, il va en consultation de nutrition, et revient avec une sonde nasogastrique qu’il est censé se poser tout seul : Mission Impossible. Cette maudite sonde, il ne la supporte pas, il finira par accepter la gastrostomie …
Puis les jours passant, Mr M devient Waldy, contre tous les standards inculqués à l’école d’infirmière, il se crée un lien particulier, ce n’est plus seulement un malade.
Après tout, on vient tous les jours, nous sommes tour à tour celle qui soigne mais aussi celle qui écoute, celle qui va poster le courrier, qui prend les rendez vous, qui ramène de la soupe, qui lui fait quelques courses.

Son état s’aggrave, mais Waldy a 52 ans et la loi française est ainsi faite qu’il faut développer des trésors d’ingéniosité pour décrocher les aides, inespérées, qui nous permettrons d’accéder à sa demande de toujours rester à la maison avec ses enfants de 3ans, 7ans et 10ans (Waldy est divorcé mais accueille ses enfants régulièrement).
Puis petit a petit, il devient complétement dépendant, il fait un petit séjour « temps de pause » en soins palliatifs afin qu’on puisse organiser le maintien à domicile, il revient à la maison où il bénéficie d’une présence 24h/24h d’auxiliaires de vie qui seront toujours aux petits soins pour lui.
Mais cette maudite loi française se rappelle à nous, nous avons épuisé tous les budgets, un choix crucial à faire, soit il reste à la maison avec beaucoup moins de présence, soit il réintègre l’unité de soins palliatifs.
Dur dur pour tout le monde, Waldy veut mourir à la maison et pourtant il mourra à l’hôpital…
Tout ceux qui ont pris soin de Waldy lui ont tous laissé le droit de croire qu’il irait mieux demain puisque c’était ce qu’il avait décidé de croire.
Nous avons tous donné le meilleur de nous même et nous ne retiendrons que ça.
Waldy est parti un matin de Février 2010 sans jamais avoir parlé de sa maladie, sa dernière parole fut : « MERCI »

Pourquoi ce blog ?

Je reprends aujourd’hui la plume déposée en 2008 date à laquelle j’ai abandonné mon précédent blog. Aujourd’hui le besoin d’écrire, de partager mon quotidien d’infirmière à domicile se fait plus présent… Pourquoi, difficile à dire, sans doute parce que ce n’est pas facile tous les jours, mais pas que ! Les articles sur mon parcours professionnel sont issus de mon ancien blog, parce que je ne suis pas arrivée à domicile par hasard… Ce blog ne donnera pas de recettes miracles sur le « prendre soin » à domicile mais vous fera partager les joies, les peines, les coups de gueule de mon quotidien parce qu’être infirmière c’est par dessus tout une BELLE AVENTURE.