Tu es partie trop tôt…

Il y a quelques semaines, tu me demandais en toute sincérité si tu pouvais me poser une question : « Je peux vous poser une question ?  »
Et moi loin de me douter que de cette question naitrait l’une des semaines les plus intenses émotionnellement de toute ma vie… je t’ai dit oui !
Tu étais malade depuis trois ans déjà, tu venais de réintégrer l’hôpital en catastrophe écourtant ta permission du week-end.
Tu voulais savoir si les infirmières comme moi, à domicile, pouvaient prendre en charge des malades comme toi avec beaucoup de soins pour qu’ils restent chez eux.

Toi qui du haut de tes presque 17 ans avait déjà subit tant de choses, tu semblais vraiment en avoir ras le bol de tous ces traitements. mais tu craignais qu’on pense de toi que tu n’étais pas courageuse, si tu décidais de tout arrêter.
Finalement, le lendemain, tu n’as pas eu à prendre la décision, les médecins l’ont fait pour toi, tu ne pouvais plus supporter de chimiothérapie supplémentaire.
Vous en avez parlé, toi et tes parents, mais ce n’était vraiment pas facile. Tu pensais faire souffrir ton entourage, alors que je m’évertuais à te répéter que ça n’était pas toi mais ta maladie qui les rendait triste…

Tu m’as raconté tant de choses sur ton parcours (que j’ai promis de garder pour moi) qu’à un moment je me suis même demandé si tout cela était possible.
Tu me disais avoir tout accepté pour essayer de guérir, et tu aurais bien voulu savoir pourquoi tu n’y arrivais pas.
Je peux le dire aujourd’hui, j’ai appelé l’équipe qui te prenait en charge, sans te le dire, parce que j’étais bien impuissante à agir, là assise derrière mon écran, quand tu me disais que tu n’arrivais pas à parler avec les docteurs.

Puis tu voulais savoir si après ton départ, parce que tu étais d’une extrême lucidité, les gens se souviendraient de toi, alors que beaucoup t’avaient déjà « oublié » pendant ta maladie.
Tu voulais savoir si tes parents et ton frère pourraient un jour être heureux alors que tu avais été malade un quart de ta vie.
Tu ne voulais pas que les soignants soient tristes , parce que tu disais, sinon c’est un métier vraiment trop triste.. Mais tu avais déjà vu des larmes dans les yeux de certes d’entre eux.

Chaque matin, j’avais un petit message de toi qui venait prendre de mes nouvelles.Tu voulais que je te parle de la « vraie vie » en dehors de l’hôpital. Tu voulais savoir quel serait le menu à la maison.. Allant jusqu’à plaisanter en me demandant de te garder une part de frites.. Toi qui depuis bien longtemps déjà ne pouvait plus manger.

Puis ton état s’est altéré, tu n’avais plus trop la force de venir discuter, mais tu essayais quand même d’écrire quelques mots sur ton clavier.
L’avant veille de ton départ vers un ailleurs que tu espérais meilleur, tu m’as dit que tu aurais aimé me rencontrer, mais tu savais très bien que cela aurait été compliqué. Nous étions éloignés géographiquement et finalement quelques jours auparavant de parfaits étrangers l’un pour l’autre… pour conclure en me disant, inutile qu’on se casse la tête, tu n’aurais pas le temps d’arriver…

Et puis tu m’as demandé, si je resterai là jusqu’au bout avec toi, si je ne te laisserai pas…Je t’ai dit que j’essayerai, mais que je ne pouvais pas te faire une telle promesse.
Tu m’as dit « et comment tu sauras quand je ne serai plus là ? », je t’ai dit je ne le saurai probablement pas sans doute que je le devinerai. Mais tu as préféré confier la mission à ton frère de me prévenir, comme il devrait le faire avec tes amis…

Finalement j’ai pu « être là » jusqu’au bout et je voudrais ici simplement partager notre dernier échange :

« Tu ne m’as pas donné de nouvelles aujourd’hui… Sans doute n’en as tu plus la force… Si quelqu’un lit ce message qu’il te dise à l’oreille MERCI … tout simplement pour tout ce qu’on a pu échanger toutes les deux. J’espère avoir pu t’aider… Je t’embrasse SANDRA »

« Salut Sandra, je tiens encore un peu, j’espère que tu vas bien. merci toi aussi d’avoir été là pour moi MERCI »

Depuis le 1er Décembre une nouvelle étoile brille quelque part là haut. Le 31 Décembre tu aurais eu 17 ans. Chaque jour qui passe j’ai une pensée pour toi… Je te l’ai promis je ne t’oublierai pas !