Parce que « soigner » ça n’est pas toujours simple…

Une prise en charge à domicile démarre le plus souvent par un simple coup de fil. Il existe autant de demandes que de patients différents. Des plus simples aux plus comiques … on pourrait en faire un livre.
Puis s’ensuit le premier contact, le premier jour des soins.
J’ai pour habitude de dire que c’est la première pierre d’une relation de soins qui durera plus ou moins longtemps… De quelques jours à de nombreuses années pour certaines.
Cette première pierre est pour moi aussi importante pour le « soignant » que pour le « soigné ».
Et parfois rapidement je sens que cette première pierre on l’a posé de travers…
Parce que j’apprécie que la relation soit sincère, que nous nous fassions une confiance réciproque, mais ça n’est pas toujours aussi simple.
Parce que moi, soignante, je suis déstabilisée par les réactions de la personne soignée face à sa maladie, parce que je ne détiens pas toutes les clés pour les comprendre.
Je ne suis qu’un maillon de la chaîne de soins et je n’ai pas forcément accès aux données médicales, je ne sais pas où il en est de sa maladie, ce qui parfois me mets en difficulté pour adapter mes soins. Et surtout que lui as-t’on dit, qu’en a-t’il compris , que veut-il bien entendre…
Alors j’essaye de savoir en discutant avec la personne soignée, puis j’appelle le Médecin généraliste qui n’a pas les compte-rendus du super service de cancérologie, puis j’essaye d’appeler le cancérologue et ne passe que rarement la barrière du secrétariat.
Mais je vois bien que la plaie tumorale s’aggrave sans que je ne puisse rien y faire, et la personne soignée qui bien que touchée dans sa féminité nous laisse entendre qu’on lui a dit que tout allait bien…
Elle nous dit qu’elle a tenté en vain de prendre RDV chez sa généraliste, et chez un dermatologue comme conseillé par le cancérologue.. Et puis en fait non elle ne l’a pas fait.

Alors vient le temps du Pourquoi ?
Pourquoi ces non-dits, ces « mensonges », pourquoi ce déni de la maladie pourtant si visible ?
Pourquoi en sommes nous là ? qu’ai-je raté dans la relation de soins pour qu’elle ne me dise pas simplement, Non je n’irai pas je n’en ai pas envie ?

Et enfin le regard de la personne soignée qui en dit long, qui me dis que là je me suis plantée, qu’en insistant pour tenter de comprendre, pour qu’elle « accepte », elle est en train de se fermer complètement.
Je sens poindre le : « Mélez-vous de vos affaires » ?

Et finalement, qui suis-je pour m’immiscer ainsi dans sa vie? Alors qu’elle m’a juste demandé de lui faire des pansements.
Ces relations de soins où on se heurte au déni, aux non-dits sont très complexes, et nous rappellent qu’il faut parfois accepter de ne pas comprendre, et accompagner le patient sur le chemin qu’il a choisi…

Jusqu’où aller pour ne pas aller trop loin ? Je n’ai pas la réponse mais je vous assure que ça m’interroge.