Mes premiers pas de soignant.

Suite à l’écoute du roulé parlé de @Subutox que vous pouvez écouter ici

je me suis dit que n’ayant pas son talent pour raconter à l’oral je pouvais toujours essayer de l’écrire ici.

Alors mes premiers pas de soignant, c’était en Octobre 1995, bon ok je prends un sacré coup de vieux..

Toute jeune, 17ans, fraichement bachelière, j’intègre l’école d’infirmière…

1er stage, service de médecine interne, 1ere confrontation avec la maladie (quoique… j’ai quand même vécu avec mon grand père, silicosé 100%, alité sous oxygène à la maison pendant 10 ans…).

En première année, les stages de soins infirmiers sont essentiellement destinés à nous apprendre les bases de notre rôle propre.. Il nous appartient donc d’apprendre tout ce qui à trait aux soins de nursing…

Quelle expérience de prendre soin des corps souffrants, de gens souvent jeunes, malmenés par la maladie.

Des patients atteints de pathologies endocriniennes, de pathologies dermatologiques.

Je ne connais pas grand chose à la maladie pour l’instant, je me contente de reproduire des gestes que les aides soignantes me montrent. J’ai finalement peu de contact avec les infirmières, leur rôle propre étant majoritairement délégué aux aides soignantes.

j’ai beaucoup de chance, c’est un service où on attache beaucoup d’importance à l’encadrement des élèves en stage.

Malgré tout, ce n’est pas facile à 17 ans de faire face à la nudité, de devoir gérer ses émotions, de s’adapter à une équipe de soignants, de rentrer à pied joint dans un milieu parfois « violent », parce que oui le milieu de soins peut être vécu comme violent quand on a encore « du lait au bout de son nez »…

C’est aussi le temps de la première confrontation à la mort, et 21 ans après je me souviens encore du nom de ce 1er patient partit bien vite.

Infirmière c’est le métier que je voulais faire, je l’ai choisi et ce premier stage ne fera que confirmer mon choix..

Et puis des stages , il y en aura d’autres (dans des disciplines aussi diverses et variées que la réa, le milieu carcéral, la santé en entreprise, l’Ehpad, l’HAD, l’ORL, les Soins palliatifs…), ils ne se passeront pas toujours aussi bien,certains d’entre eux me donneront même envie d’abandonner… Mais tous ont  fait de moi l’infirmière que je suis devenue..

Certains soignants rencontrés ont été pour moi des modèles et d’autres les contre exemple auxquels je me suis juré de ne jamais ressembler..

J’ai vu développer des trésors d’ingéniosité de la part des soignants pour améliorer le quotidien des patients, tout comme j’ai pu voir de la maltraitance bien souvent institutionnelle ou je devrais dire institutionnalisé.

21 ans après force est de constater, que l’infirmière d’alors est toujours infirmière aujourd’hui, et même si j’ai fui l’hôpital pour diverses raisons, mes premiers pas de soignants résonnent toujours dans un coin de ma tête…

 

 

Je suis en colère.

J’écris parce qu’Aujourd’hui je suis triste et en colère !

La mésaventure qui aurait pu mal se finir est arrivé à ma maman cet après midi.

ma maman en 2 mots, a 63 ans , un asthme sévère ancien traité rigoureusement, une aspergillose pulmonaire de découverte récente.

Cet après midi, je lui rends visite, elle fait 40 de température, elle a très mal dans la poitrine, elle frissonne… bref elle n’est vraiment pas en forme. elle a les extrémités cyanosées.

Je l’emmène donc aux urgences de l’hôpital à 5 minutes de chez elle, le même service dans lequel j’ai travaillé pendant 7 ans.

A l’accueil, je prends mon tour (je n’aime pas trop jouer du passe-droit) et puis je me dis que mes anciens collègues vont bien se présenter à moi .. Et effectivement une infirmière , une aide soignante , un médecin, des professionnels avec qui j’ai tous travaillé me disent bonjour, me demandent pourquoi je suis là.

A chacun, je dis j’amène ma maman , elle ne va pas bien sur le plan respiratoire, elle est dans le hall sur un fauteuil roulant, elle fait 40, elle est en bronchospasme … et tous repartent ..

Je fais un peu le forcing pour au moins faire son entrée administrative , sachant qu’il n’y a que 3 personnes en attente pour voir l’infirmière d’accueil et d’orientation qui est  elle aussi  une ancienne de mes collègues…

Un jeune homme arrive avec une fracture ouverte, je cède la place bien évidemment.

45 minutes plus tard nous sommes toujours dans le hall des courants d’air, ma maman n’a toujours pas vu l’IAO…

Et bien pour la première fois, oui j’ai été odieuse avec le personnel des urgences, j’ai jeté le dossier en travers du bureau,en disant : puisque tout le monde s’en fout je l’emmène ailleurs, même pas sur que cela n’ai ému quelqu’un.

J’ai remis ma maman dans la voiture et j’ai fait 25 minutes de route..

Je l’ai amené, dans un autre CH, ou dès son arrivée elle a été admise en unité de déchocage avec une saturation à 85 % et une tachycardie à 140 .

Aujourd’hui j’aurai pu perdre ma maman, parce que tout le monde m’a vu, parlé, mais personne ne m’a entendu.. Je suis en colère parce que je l’ai mal vécue évidemment en tant que soignant, mais encore plus en tant que fille…

Ce soir elle va mieux, elle est prise en charge par une équipe bienveillante, toujours en soins intensifs..

Mais je suis aussi très triste de voir que parfois les malades deviennent à ce point transparents..

Désolée c’était mon coup de gueule du soir mais j’en avais besoin…