REFLECHISSONS ENSEMBLE

Ce Billet est en quelque sorte une réponse ou plutôt une reflexion inspiré du billet de Littherapeute que vous pouvez lire ici:  qu’il a écrit suite à une situation pénible vécue dans un service d’urgence.

Ce billet me fait m’interroger sur le « pourquoi de telles situations existent ».

Loin de moi l’idée de jeter la pierre à quiconque tout simplement parce que de ces soignants aux urgences j’en ai fait partie pendant 6 ans et que je suis certaine que j’ai pu participer ou contribuer à des situations de soins loin d’être satisfaisante et même maltraitante. C’est en partie d’ailleurs la raison pour laquelle je les ai quitté il y a 10 ans.

Le service des urgences est « par essence » un service violent . Violent pour les soignés qui se retrouvent brutalement dans une situation de vulnérabilité qu’ils n’ont pas choisi, passant du statut de bien portant à celui de malade, ou de celui de malade à celui de malade en détresse.
Je ne reviendrai pas ici sur les raisons qui poussent les gens à consulter aux urgences, ce sujet ayant déjà fait coulé suffisamment d’encre.
Mais c’est un service Violent aussi pour les soignants, parce qu’ils y sont confrontés à une somme colossale de souffrance physique ou psychologique, que l’urgence ne laisse parfois pas beaucoup de répit et le temps du debrieffing…
J’entends déjà d’ici les gens me dire:  » c’est leur métier, ils l’ont choisi ». A ceux là je répondrai que premièrement le système hospitalier fait qu’on ne choisit pas forcement son affectation, et deuxièmement quand bien même ils l’ont choisi que celui qui se pense capable d’encaisser , par exemple, la mort brutale d’un gamin sans broncher lève la main.
A cela s’ajoute un phénomène relativement récent mais qui ne cesse de prendre des proportions inquiétantes et qui est l’agressivité dans les relations humaines, et pas seulement dans la relation soignant soigné… Elle existe aussi dans la relation soignant soignant à l’image de ce que devient notre société. Tout ceci venant s’ajouter à la pénibilité de ces métiers de l’urgence et d’ailleurs, qui voient leur moyen se réduire comme peau de chagrin.

Mais je m’égare et revenons au cas évoqué par Littherapeute.

De ce monsieur, nous savons qu’il vit dans une maison de retraite et qu’il est admis pour déshydratation et gène respiratoire. Et là je m’interroge sur ce qui a conduit ce monsieur aux urgences.

Et sincèrement je pense que nous sommes face à un problème bien plus complexe.

Ces lieux de vie pour personnes âgées dépendantes ou au moins en perte d’autonomie n’ont à mon sens pas su évoluer aussi vite que la population qui y entre.

Quand j’ai fait mes études il y a 20 ans les MAPAD (devenues des EHPAD depuis, tiens c’est marrant d’ailleurs c’était des maisons c’est devenus des établissements) accueillaient des gens âgés avec principalement des troubles cognitifs,l’âge d’admission se situait entre 70 et 80 ans . Aujourd’hui, pour en avoir discuté récemment avec un directeur d’EHPAD, la moyenne d’âge à l’entrée est plutôt aux alentours de 85 ans et les résidents sont polypathologiques, et très dépendants.

Pour autant ces lieux de vie se sont ils dotés de moyens différents, se sont ils adaptés à la population hébergée ?

Que peut faire un médecin généraliste appelé au chevet d’un patient altéré, s’il n’a pas la garantie que les soins appropriés pourront être prodigués, quand bien même ce serait des soins palliatifs ? Nombreuses sont les structures où la nuit , les seuls personnels présents sont au pire des veilleurs (parfois même surveilleurs de cameras) au mieux des aides soignants et parfois comble du luxe une infirmière pour 80 à 120 résidents (au prix d’un surcout mensuel pour le résident non négligeable).
A tel point qu’on en arrive à vous refuser l’admission en EHPAD de résidents sous le motif que son état de santé risque de se dégrader et que la structure ne pourra pas faire face à la situation de fin de vie (et qu’on ne me dise pas le contraire puisque je le vis actuellement assez péniblement pour mon papa). Moi qui croyait qu’on entrait dans ces structures pour y finir sa vie en sécurité …

Et bien vous en conviendrez, il n’a pas d’autres solutions que d’adresser son patient aux urgences ( ou si il a un peu de chance, si on n’est pas vendredi après midi, si il y a de la place, dans un service de gériatrie).

Et pourtant ce médecin généraliste sait tout comme l’urgentiste qui va recevoir le patient ( d’ailleurs souvent les généralistes ils y ont bossé aux urgences quand ils étaient étudiants) que les urgences ne sont pas la solution et que bien souvent à la sortie des urgences il manquera de lit d’aval.. Et chacun sait qu’un patient âgé dans un service d’urgence éclairé nuit et jour , qui ne dort jamais à toutes les chances d’en ressortir complètement désorienté.

Voilà entre autre, comme un patient se retrouve dans une situation qui n’est satisfaisante pour personne mais surtout pas pour lui.

Sauf que si c’était un cas isolé, ça pourrait passer inaperçu, hélas ces situations nous pouvons les multiplier par des centaines ou plutôt des milliers chaque année. Ce qui aboutit parfois à les banaliser…

Quant aux soignants des urgences, il savent eux aussi qu’ils n’apportent pas à ces patients âgés en situations de grande vulnérabilité une qualité de prise en charge optimale. Et pour la plupart d’entre nous savoir qu’on ne fait pas du bon boulot est hyper frustrant.

Posez la question à n’importe quel soignant tous vous dirons que mourir seul dans un box sur un brancard est absolument inadmissible et inhumain… Mais le soignant qui a en charge l’embolie pulmonaire de 50 ans en box 1, l’infarctus de 60 ans en box 2 et le patient âgé très altéré en box 3 est contraint hélas de prioriser ses prises en charge et vous savez dans quel sens il va les prioriser puisque vous feriez pareil …

Alors loin de moi l’idée de cautionner la violence de certains propos et des attitudes inappropriées et maltraitante qui sont le fait pour moi de soignants isolés, parfois aigris, parfois épuisés ou parfois simplement cons ( et oui être soignant ne protège pas contre la connerie).Et je ne dis pas non plus qu’il faut laisser faire et ne pas s’en offusquer…

Mais par pitié , ne nous épuisons pas en débats stériles, nos métiers sont déjà assez épuisants comme ça.

Mais essayons plutôt d’améliorer les filières de soins, la coordination ville-hôpital, participons à tous les espaces de réflexions qui nous sont proposés, et s’ils ne le sont pas essayons de les initier pour que :  Plus Jamais quelqu’un qui pourrait mourir paisiblement dans son lieu de vie, entouré des siens, ne le fasse aux urgences sur un brancard.

Merci