Quelle horreur, je commence aux urgences

J’arrive donc un Lundi matin aux Urgences après un week-end peuplé de cauchemars… j’y suis restée 5 ans.
Me voici donc plongé dans l’univers impitoyable des urgences, accueillie par une infirmière qui travaille dans le service depuis quelques années, la peur au ventre.
Pas vraiment le temps de me poser de questions, je suis rapidement mise a contribution, ici l’encadrement c’est sur le tas.
Je prends en charge les premiers patients, bilan sanguin, ECG, examens divers, jusque là tout va bien, la technique je l’ai pour le reste on verra plus tard.
Les premières semaines tout me fait peur et dans ma tête je me dis mais qu’est ce que je fait là, je ne serai jamais à la hauteur. Et pourtant je ne fais encore que de la « bobologie ». Je crains même mes propres collègues surtout celles qui règnent sur le service depuis 20 ans.
Avec le recul les Urgences c’est soit on aime soit on n’aime pas. Je pense que pour moi d’une peur c’est devenu une passion … Pendant 5 ans j’y suis toujours allée de bon cœur et pourtant ça n’a pas toujours été drôle.
J’aurai ici une pensée toute particulière pour le personnel de nuit aux urgences, puisque ce fut mon cas pendant 4 ans.
Les Urgences, c’est un peu la cour des miracles aussi, j’y ai vu toute la détresse physique, psychologique et sociale…
Je pourrais raconter un millier d’anecdotes des plus drôles aux plus sordides, sur les urgences, le jour et la nuit. Mais d’autres qui y sont toujours le font mieux que moi …
Vous allez me dire pourquoi avoir quitté les Urgences si ça me plaisait tant. Et bien pour les connaisseurs, le Burn out , des heures supplémentaires à n’en plus pouvoir, un manque de personnel de plus en plus dramatique, des conditions de travail ne cessant de se dégrader.
J’ai compris longtemps après qu’en fait je m’étais épuisée parce que les Urgences c’était devenu bien plus que mon job c’était devenu toute ma vie. Les amis, les sujets de conversation, les connaissances, les rencontres c’était les Urgences. Malgré tout je ne regrette rien des 5 années les plus intenses et épuisantes de ma carrière professionnelle.
Et parce que pour moi il était inimaginable de venir travailler en trainant les pieds, j’ai décidé de changer. J’ai tout plaqué, j’ai déménagé à 1000 km et le prochain épisode de mon parcours professionnel se situera sous d’autres horizons dans un hôpital de campagne des Bouches du Rhône.